Accord de Pêche : L’UE perd la bataille de la communication (Magaye Gaye, Économiste international)

L’ Union européenne a finalement et malheureusement pour elle, perdu la bataille de la communication médiatique. Elle voulait devancer des autorités sénégalaises décidées à renégocier fortement voire annuler les contrats de pêche. La raison de cette attitude: éviter l’humiliation et d’éventuelles effets de contagion en termes de demandes de renégociations provenant d’autres pays.

Après une visite impromptue du Commissaire Européen Charles Michel et une conférence de presse tactique de son ambassadeur à Dakar l’UE a de guerre lasse tenté sans doute de justifier l’injustifiable à savoir sa responsabilité dans ce qu’il convient de qualifier de scandale et sa disposition pour une raison de bonne conscience à renégocier l’accord.

Finalement elle a estimé que prendre les devants était le moindre mal. Sa décision calculée de mettre fin au contrat a été sanctionnée par une opinion publique profondément éprouvée par le pillage de nos côtes et par les nombreux décès de migrants

À l’unisson et ce en dépassant tout clivage politique les sénégalais semblent pousser un ouf de soulagement avec ce retrait de l’Union européenne. S’inspirant de l’exemple sénégalais, les renégociations vont sans doute être entamées dans tous les pays africains signataires de ces accords. Les opinions publiques sont alertées. Malheureusement pour l’UE son image est écornée â jamais sur toute la côte ouest africaine

La politique d’accord de pêche de l’union européenne repose-t-elle sur du deux poids deux mesures ? Je n’ai pas la réponse mais jugezen par les faits suivants :

Sénégal 2 milliards de FCFA par an 11 750 tonnes de poisson Soit environ 170 euro la tonne ou 111 000 F CFA

Côte D’ivoire 595000 euro soit 390 millions de FCFA 7 000 tonnes de poisson Soit environ 55 760 FCFA la tonne

Mauritanie 57,5 millions d’euros chaque année soit environ 40 milliards 290 000 tonnes par an, Soit environ 200 euro la tonne (130 000 FCFA)

Maroc 52 millions d’euro par an soit 34 milliards de FCFA 107 000 tonnes autorisées Soit 485 euro la tonne soit 318 000 FCFA environ

Royaume Uni Un milliard d’euros par an 388 000 tonnes autorisées Soit 2500 euro la tonne environ 1 640 000 FCFA

La question est de savoir pourquoi plus on va vers le Sud, moins les montants s’avèrent significatifs avec des accords non publiés par les Gouvernements et une société civile non présente dans les négociations ? Ces partenariats modulés en fonction de critères peu cohérents devraient être élucidés.

L’audit en cours devrait confirmer si oui ou non les dispositions comprises dans l’accord ont bien été respectées par L’UE

Cet accord avait aussi semble-t-il beaucoup de problèmes en matière de contrôle des débarquements et de suivi satellitaire. Pourtant Les dispositions stipulent que les navires de l’UE sont tenus de débarquer une partie de leur cargaison au port de Dakar. Mais aussi qu’une partie du poisson capturé par les navires européens doivent approvisionner les marchés et industries locales de transformation.

De plus au moins 70 % des captures doivent être transformées dans le pays. Il est aussi à préciser que l’accord prévoyait l’exigence de la présence de 50 % de Sénégalais dans l’équipage. Sur le contenu de l’accord deux risques financiers graves sont potentiellement encourus par la partie sénégalaise.

En effet les appendices 2 et 3 du protocole prévoient la possibilité de captures accessoires autorisées sur d’autres espèces que le thon et le merlu noir selon les navires de pêche ce qui ouvre la voie à toute sorte de prises illégales et au pillage des côtes sénégalaises. Le deuxième risque est lié au fait que le protocole estime à 1 350 750 euros par an pendant 5 ans le montant des redevances payées par les armateurs européens en posant toutefois une conditionnalité difficile à évaluer “si le nombre maximum de navires autorisés à pêcher était atteint”.

Cette échappatoire explique sans doute la prudence observée par l’ambassadeur de l’UE à Dakar qui lors d’une conférence de presse organisée au lendemain de la décision des autorités de procéder à un audit du secteur avait plutôt focalisé sa communication sur le montant de 1,7 millions d’euro versés effectivement par l’Union européenne au Sénégal.

Quelle attitude devraient observer les autorités sénégalaises ?

  1. Améliorer les stratégies de communication par des démentis systématiques et un rétablissement immédiat de la vérité des faits par les formes appropriées. Dans cette affaire une conférence de presse immédiate était requise.
  2. Publier les résultats de l’Audit du secteur en cours et demander éventuellement des dommages et intérêts à l’UE.
  3. Observer un repos biologique d’une année au minimum.
  4. Chercher d’autres partenaires plus crédibles.
  5. Faire désormais approuver par l’Assemblée nationale les contrats et les publier systématiquement.
  6. Trouver un moyen d’associer la société civile dans la négociation des accords.

Enclencher une démarche concertée entre pays côtiers afin de mieux défendre leur intérêt.

Magaye Gaye

Économiste international

Ancien Cadre de la BOAD

 

Ampliation

African Union Commission

European Commission

Port de pêche Sud-Comoé

Dieyna SENE
Up Next

Related Posts