Affaire du faux dentiste arrêté par la police de Guédiawaye : les éclaircissements de l’Ordre des médecins dentistes

Début mars courant, la presse nationale a relaté l’arrestation par la Police de Guédiawaye d’un faux dentiste qui, pendant plusieurs années, a hérité de son défunt père dentiste un cabinet paramédical d’odontologie, en y exerçant le métier sans diplôme ni autorisation.

Ses agissements ont mis à risque la vie de nombreux patients qui ont souffert de graves complications buccodentaires après s’être fait consulter dans le cabinet paramédical d’odontologie en question. Sa dernière victime a fini au Centre hospitalier universitaire (Chu) de Fann pour une opération chirurgicale. Avant de recouvrer sa santé au bout de neuf jours d’hospitalisation.

Une histoire qui a fait réagir, samedi lors d’une conférence de presse, l’Ordre national des chirurgiens-dentistes qui estime devoir apporter quelques éclaircissements. « Il n’existe pas de cabinet paradentaire ou paramédical d’odontologie parce que l’OMS (Organisation mondiale de la santé) a jugé utile d’en faire un domaine à part entière dans le système de santé.

Dès l’instant que dans un cabinet médical, vous voyez un fauteuil dentaire, cela pose problème car il n’y pas de paradentaire chez nous. Ça c’est d’un. De deux, c’est que le défunt papa de faux dentiste n’était pas un chirurgien-dentiste », a clarifié Dr Myriam Thérèse Arlette Dia Ntab, présidente de l’Ordre national des chirurgiens-dentistes.

A l’en croire, quand le corps de technicien supérieur en Odontologie a été créé, il a été demandé aux infirmiers s’ils n’étaient pas intéressés. Certains ont dit qu’ils étaient intéressés et ont fait ce diplôme. Le papa était peut-être un technicien supérieur en Odontologie en plus de son diplôme d’infirmier.

« Puisqu’ils peuvent ouvrir un cabinet paramédical avec le diplôme d’infirmier, ils doivent se limiter aux soins paramédicaux. Mais on leur donne l’autorisation d’ouvrir un cabinet médical et quand ils ouvrent, ils jettent un fauteuil dentiste, font des soins dentaires tout seuls », s’en est offusqué Dr Dia Ntab; affirmant que « c’est dangereux parce qu’ils ne sont pas habilités à le faire. Ça devient de l’exercice dentaire illégal ».

Les limites du technicien supérieur en odonto

De plus, elle a précisé que dans le privé, le chirurgien-dentiste doit être maître du cabinet. En aucune manière, un technicien supérieur en odontologie ne peut être dans le privé. Dans le public, au niveau des hôpitaux et centres de santé, ces techniciens existent, mais sont sous la tutelle d’un chirurgien-dentiste.

« Nous avons même eu à porter plainte et à gagner nos procès. Si aujourd’hui, il y a des cabinets qui perdurent jusqu’à ce que le technicien supérieur en odontologie en question décède et que son fils fasse ce qu’il a eu à faire, cela est regrettable, déplorable », a déclaré la présidente de l’Ordre, organe de régulation de la médecine dentaire dont l’une des missions est de préserver l’honorabilité de la profession et la santé des populations.

Selon Dr Awa Diouf, du secteur public de l’Ordre, les techniciens supérieurs en Odontologie ont une formation limitée. Ils ne peuvent faire que des soins primaires comme le traitement dentinogènes, l’extraction simple et le détartrage. Ils n’ont pas le droit de faire des traitements endodontiques, de la prothèse, des extractions chirurgicales ou des traitements de chirurgie osseuse. Ils n’ont pas été formés sur ça.

Un gap de près de 1300 médecins dentistes  noté au Sénégal

Actuellement, le Sénégal compte 553 médecins chirurgiens-dentistes pour ses 18 millions d’habitants, a pour sa part indiqué Dr Ibrahima Guèye, Secrétaire général de l’Ordre. Or, a-t-il relevé, pour faire le maillage du territoire, il faut 1800 médecins chirurgiens-dentistes. Devant l’insuffisance de spécialistes, le présidente Dr Myriam Thérèse Arlette Dia Ntab a admis qu’il y a lieu de déléguer certaines compétences aux techniciens supérieurs en odontologie pour combler le gap à certains endroits du territoire national où le besoin se fait sentir.

« Mais pas au point de mettre à risque les populations », s’est-elle empressé d’ajouter. Elle a précisé qu’aux endroits où ces techniciens exercent parce qu’on leur a délégué certains soins à faire, il y a toujours un chirurgien-dentiste dans les parages pour superviser le travail. « Si ce n’est pas fait, c’est anormal », a-t-il expliqué.

Elle a invité les populations à ne pas aller dans un cabinet paramédical pour des soins dentaires. Elle a recommandé d’aller vers les cabinets dentaires qui relèvent du privé ou vers les structures publiques, centres de santé et hôpitaux. Un infirmier qui a longtemps côtoyé un chirurgien-dentiste, ça ne fera jamais de lui un chirurgien-dentiste, a insisté la présidente de l’Ordre national des chirurgiens-dentistes du Sénégal.

Source Vox populi

Oumou Khaïry NDIAYE
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