Depuis quelque temps, on assiste à une interdiction systématique des manifestations de l’opposition. Ce qui est une violation de la Constitution. Pire, aujourd’hui, le régime en place ne se gêne même plus pour barricader les sièges des partis de l’opposition, pour leur interdire de s’exprimer sur les problèmes brûlants de l’heure. Une dérive liberticide grave.
Le groupe parlementaire Yewwi Askan Wi devait tenir un point de presse, hier, à la permanence du Pur. Malheureusement, la rencontre avec les journalistes n’a pas eu lieu, les gendarmes ayant barricadé le siège du parti.
« Quand nous sommes arrivés au siège du Pur pour tenir notre conférence de presse, la porte a été barricadée par les gendarmes qui nous ont dit que personne n’entrerait dans ce siège. Je leur ai demandé s’ils ont un papier, ils ont répondu « non », que c’est des ordres », a déclaré le député Guy Marius Sagna.
Si ce n’est pas une dérive liberticide dangereuse, ça y ressemble fort. C’est une violation flagrante de la loi car toute décision d’interdiction doit être motivée. Et cela montre qu’aujourd’hui, la hiérarchie se substitue au droit, à la loi, au juge. Une situation inadmissible, d’autant que les tenants du régime ne cessent de répéter à l’envi des propos du genre, « le Sénégal est un pays de droit », « force doit rester à loi », et patati patata.
Mais, avec ces mesures inédites prises depuis quelques temps par le parti-État, avec des arrêtés du préfet ou du gouverneur qui sont souvent mis au-dessus des dispositions de la Constitution et qui violent les droits des citoyens, on est en train de glisser vers une zone de non droits. Que l’on sache, un parti politique est une association de droit privé, de même que le siège des partis est un espace privé.
Donc, en foi de quoi doit-on interdire aux gens de se réunir, qui plus est, quand il s’agit de députés qui ont été élus par le peuple et dépositaires d’un mandat ? Pourquoi doit on piétiner les droits des élus qui sont les mêmes que ceux du président de la République ?
Finalement, c’est à se demander si on est dans une démocratie. Parce qu’on nous a toujours appris que la démocratie, c’est la confrontation libre des idées, l’expression libre des opinions, l’égalité des droits, la liberté de la presse etc. Malheureusement dans ce pays, on assiste depuis quelques temps à un recul pour ne pas dire à une confiscation de la démocratie. Sinon, comment comprendre le fait que le pouvoir se permette d’interdire à tout va des manifestations, d’interdire aux gens leur droit de s’exprimer ?
Si ce n’est pas une loi du plus fort, c’est tout comme. Parce que selon l’article 14 de la loi n°78-02 du 29 janvier 1978, «l’autorité administrative responsable de l’ordre public peut interdire toute réunion publique s’il existe une menace réelle de troubles à l’ordre public». Et il ressort de cet article que l’autorité administrative peut interdire une réunion publique si les deux (02) conditions cumulatives, et non alternatives, sont réunies : l’existence d’une menace réelle de troubles à l’ordre public ; l’absence de forces de sécurité pour s’opposer à la menace.
En plus, l’arrêté d’interdiction d’une réunion publique doit être motivé. D’ailleurs, en quoi une réunion dans un lieu privé peut-elle constituer une menace de troubles à l’ordre public ? Mais depuis quelques temps, le pouvoir bafoue les droits de l’opposition selon son bon vouloir, car avant l’interdiction de la réunion d’hier du groupe parlementaire de Yewwi au siège du Pur, il y en a eu d’autres, au siège de Malick Gakou, quand il a voulu abriter le dialogue du F24 ; celui de Dethié Fall aussi a fait l’objet de plusieurs blocus.
À chaque fois ce sont des Fds qui sont positionnées sur les lieux et en interdisent l’accès. Il est même arrivé que les organisateurs soient gazés ou embarqués, avec comme seul tort, la volonté de tenir réunion en toute liberté.
D’ailleurs, pourquoi cette volonté de vouloir interdire à tout bout de champ alors que le régime a recruté un nombre impressionnant de Fds aux frais du contribuable, et leur a fourni toute une logistique pour assurer le maintien de l’ordre ? Avec tous les moyens dont elles disposent, n’est-il pas plus facile d’encadrer les manifestations au lieu de les interdire à tout va ? Jusqu’à quand les Sénégalais épris de liberté, de justice et démocratie vont-ils accepter cette situation ??? Car, tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse !!!
Tribune