3 questions à…de L’Obs
La population sénégalaise est divisée sur le verdict rendu dans l’affaire Sweet beauty. Qu’est-ce qui explique cette bipolarisation ?
C’est normal et il fallait s’y attendre. Aujourd’hui, la bipolarisation du champ politique a divisé à un moment le tissu social. Certains sont pour le Président Macky Sall et d’autres pour Ousmane Sonko. Mais en réalité, la grandeur de la République et de la Nation dépasse largement l’étoffe de ces deux hommes. C’est l’orthodoxie de la République. Et aujourd’hui, le principe républicain et celui de cette orthodoxie devraient être respectés.
Cependant, à un niveau précis, il faut être déçu. La déception c’est qu’on nous a vendu une affaire de viols et finalement le verdict nous a offert sur le plateau un autre motif. A ce niveau précis, il y a une déception totale. Cependant, une décision de justice rendue reste une décision de justice et quand on trouve qu’elle est injuste, il faut se battre juridiquement et de manière responsable.
Mais ce qui est inadmissible et il faut le regretter c’est de vouloir casser tout et tirer sur tout ce qui bouge. Maintenant, quand ces gens arriveront au pouvoir, comment ils vont pouvoir gouverner le pays avec responsabilité. Donc premier principe, il y aune grande déception par rapport au verdict.
Deuxième principe, c’est qu’on ne règlepas un problème politiquement comme ça avec une telle violence. On peut se mobiliser, parler à la communauté internationale, dénoncer, poser le débat partout. Mais c’est inadmissible que les gens de Pastef veulent tout bousiller.
Alors qu’il y a des gens qui n’ont rien à voir dans cette affaire politique. Ceux qui gagnent leur pain à la sueur de leur front ne dépendent pas de Ousmane Sonko encore moins du résident Macky Sall. Aujourd’hui, qu’est-ce que des établissements publics comme le Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti) ont à voir avec l’affaire Sweet Beauty ?
Il va falloir s’arrêter, se regarder dans une glace, se dire des vérités et prendre des positions pour l’unique intérêt de la Nation et de la République.
Quelles peuvent être les conséquences de cette division de l’opinion ?
Les conséquences, c’est qu’aujourd’hui des familles sont divisées, les relations sont complètement effritées, il y a une déconsolidation des liens sociaux, la sacralité de nos chefs religieux a été bafouée. Il y a un problème de crédibilité partout, on ne fait plus confiance à la société civile, on ne fait plus confiance à la presse, on étiquette les intellectuels pour leurs opinions. Et si on ne fait pas attention, on va directement vers le chaos. Et le chaos n’arrange aucun Sénégalais. Aujourd’hui, les gens ont besoin de stabilité, d’harmonie et de paix pour que chacun puisse trouver ses propres réponses à ses problèmes.
Maintenant qu’est-ce qu’il faut faire pour recoller les morceaux ?
Un verdict a été donné et Ousmane Sonko a les meilleurs avocats du Sénégal, ils n’ont qu’à s’organiser et se battre juridiquement. Khalifa Sall a été condamné et ses partisans se sont battus jusqu’à ce qu’il soit libéré. Karim Wade est le fils d’un ancien président de la République et il avait tous les moyens politiques pour déstabiliser le pays. Il ne l’a pas fait, il a purgé sa peine jusqu’à ce qu’il soit libéré avant d’être exilé et pourtant, il continue à se battre.
Ce dont il est question c’est de se battre juridiquement et même si la décision est injuste, de la respecter. Aujourd’hui, même si on pense que la décision est injuste, Ousmane Sonko n’est pas exempt de tout reproche. Il faut situer les responsabilités, Monsieur Ousmane Sonko a complètement exposé le projet du Pastef en mettant ses pieds à Sweet Beauty et le pouvoir l’a exploité pour éliminer un adversaire politique. Maintenant que le vin est déjà tiré, il faut chercher d’autres perspectives.
Si le Pastef estime qu’il est majoritaire dans ce pays, il peut choisir un autre candidat, gagner les élections et sortir Ousmane Sonko de prison. Mais nous devons éviter de brûler ce pays
Source L’Obs