Info Bimensuelle de Transparency International : Un scandale frappe les Jeux olympiques de Paris

Les Jeux olympiques de Paris 2024 ont été riches en surprises, mais aucune n’a été aussi choquante que celle de cette semaine. Rana Reider, entraîneur américain de sprint, a été expulsé des Jeux et son accréditation a été révoquée à la suite d’une plainte qui détaille de graves allégations d’abus sexuels et émotionnels de la part de trois athlètes féminines.

L’une des plaintes, déposée par une athlète identifiée comme Jane Doe dans les documents judiciaires, allègue que Reider l’a violée lors d’un camp d’entraînement en Floride peu après son 18e anniversaire. Reider, qui nie fermement les allégations, est ensuite accusée par un autre athlète de l’avoir touchée de manière inappropriée sans son consentement. Un troisième athlète déclare qu’il a fait des commentaires sexuellement suggestifs, s’est livré à des contacts physiques non désirés et a persisté malgré ses demandes d’arrêt, ce qui l’a finalement amenée à quitter son groupe d’entraînement.

Ce n’est pas la première fois que Reider fait l’objet d’une enquête minutieuse. Il avait déjà été placé en probation pendant un an après avoir admis avoir eu une relation amoureuse avec une athlète adulte, une situation qui présentait un déséquilibre de pouvoir. À l’époque, l’avocat de Reider avait déclaré qu’il avait « nié de manière crédible et constante toutes les autres allégations d’inconduite sexuelle ».

Cette affaire rappelle d’autres scandales d’abus sexuels très médiatisés dans le sport. En 2021, la gymnaste olympique Simone Biles, qui a battu un record de 37 médailles mondiales et olympiques, a témoigné devant le Congrès américain au sujet des abus sexuels qu’elle a subis de la part du médecin de l’équipe de gymnastique américaine Larry Nassar. Biles a critiqué à la fois l’organisation de gymnastique et les forces de l’ordre fédérales pour avoir « fermé les yeux » sur ces abus, qui ont touché des centaines de jeunes athlètes.

Ces cas illustrent une tendance terrible et mettent en lumière un problème crucial : l’abus de pouvoir et la corruption sexuelle (ou « sextorsion ») dans le sport. La corruption sexuelle implique souvent une dynamique de donnant-donnant, où des faveurs ou des opportunités sont échangées contre de la complaisance, alors que le harcèlement sexuel ne l’est pas. Cependant, ces deux formes de mauvaise conduite sont enracinées dans un déséquilibre de pouvoir, qui sert de catalyseur à ces abus. Les entraîneurs et les hauts responsables sportifs peuvent exploiter le déséquilibre de pouvoir entre eux et les athlètes, abusant ainsi de leur position d’autorité et mettant potentiellement en péril la place de la victime dans une équipe, voire sa carrière.

L’année dernière, le président de la Fédération espagnole de football, Luis Rubiales, a déclenché un scandale international en embrassant une joueuse sur la bouche après la victoire historique de l’équipe à la Coupe du monde. La joueuse, Jenni Hermoso, a déclaré qu’elle n’avait « pas aimé ça » et Rubiales s’est excusé plus tard pour son comportement. Rubiales a fini par démissionner un mois plus tard et a été banni de toute activité liée au football pendant trois ans.

Plusieurs facteurs contribuent à cette vulnérabilité, notamment le niveau élevé d’autonomie dont jouissent les organisations sportives, la concentration du pouvoir masculin, la sous-représentation des femmes aux postes de direction, l’écart salarial entre les sexes et l’incapacité des organisations sportives à développer des mécanismes internes de prévention, de détection et de signalement adéquats. Les organisations sportives ont historiquement favorisé une culture du silence et de l’impunité, privilégiant leur propre réputation au détriment des droits des victimes et rendant difficile la remise en cause et le changement des comportements préjudiciables. Bien que ce type de corruption soit présent dans divers domaines, les recherches de Transparency International ont révélé que le secteur du sport est particulièrement vulnérable.

Pour les athlètes féminines, travailler avec des entraîneurs, des médecins et des managers majoritairement masculins dans des environnements souvent sexistes et hyper-masculins peut créer des conditions propices au favoritisme et aux abus. Les relations entraîneur-athlète peuvent également être caractérisées par une dépendance et des limites floues, dans un contexte de contact physique et émotionnel étroit, ce qui comporte des risques spécifiques d’abus sexuel.

Malheureusement, la corruption et les abus sexuels sont des problèmes répandus dans le sport. En octobre 2021, un responsable de la FIFA a confirmé que des cas d’abus sexuels avaient été découverts dans le monde entier. L’année dernière, The Guardian a fait état de plus de 40 cas d’abus et de harcèlement sexuels liés à la fédération. Le nombre réel de cas est difficile à déterminer car ils ne sont pas signalés en raison de la stigmatisation, de la honte et de la peur.

Comment les organisations sportives peuvent-elles créer des environnements plus sûrs ? La prévention est essentielle. Des cadres plus solides et des politiques plus claires sont indispensables. Il est également essentiel de mettre en place des mécanismes de signalement indépendants, qui offrent des moyens sûrs et fiables pour exprimer ses inquiétudes, ainsi que des processus d’enquête et de sanction indépendants. Lorsque des abus se produisent, la sécurité et la dignité des athlètes doivent primer sur les intérêts de l’organisation, et les auteurs doivent être tenus responsables afin de provoquer le changement systémique indispensable pour prévenir de futurs incidents.

 

Transparency International

Pape Ismaïla CAMARA
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