Du nombre des populations les plus vulnérables, les enfants ne sont pas épargnés par l’infection au Vih Sida. Après Kolda, où il a été relevé un nombre important de personnes vivant avec le VIH SIDA (Pvvih), ce fut avant-hier au tour de Kaolack de lever un coin du voile sur la situation des mineures et les adolescents séropositifs.
Il est apparu alors qu’au dernier recensement une population de 2416 personnes vivant avec le VIH y sont suivies à la date du 30 juin 2024. Il s’agit de 1051 hommes, 1109 femmes et 256 enfants, pour un taux de prévalence estimé à 0,4 % dans cette région carrefour de Kaolack.
A la faveur d’une caravane sur la Prévention de la transmission mère-enfant (PTME) et prise en charge des enfants vivant avec le VIH dans les régions de Kolda et Kaolack, au cours de la semaine dernière, une série de rencontres avec les autorités sanitaires régionales a permis de faire le point sur la lutte contre la maladie. C’était au profit des membres de l’Association des journalistes en Population, Santé et Développement (Ajspd) en collaboration avec le Comité national de lutte contre le Sida (Cnls).
A l’occasion d’une séance de travail avec le Dr Aïchatou Barry Diouf, la Directrice régionale de la santé, des agents en charge des Pvvih ont relevé quelques soucis dans la prise en charge des malades, mais aussi les bonnes pratiques dans la lutte engagée contre la maladie.
«La prise en charge du VIH chez l’enfant pose problème. Parce que l’enfant a besoin de ses parents ou d’un tuteur, pour que cette prise en charge pédiatrique soit efficace. Mais, malheureusement, la majorité des enfants sont, soit des orphelins, soit ils vivent dans les grandes familles, soit avec des parents séparés. Et c’est ça qui amène les difficultés pour la prise en charge pédiatrique», a déclaré le Dr Moustapha Cissé, Pédiatre référent à l’Hôpital régional de Kaolack.
A en croire, le Dr Cissé, l’autre défi auquel ses confrères et lui sont confrontés, porte sur les médicaments. «Bien vrai qu’il y a des médicaments qui sont adaptés à l’enfant, mais qui sont souvent en rupture, par rapport aux autres. Ce qui fait que parfois, on a des difficultés pour l’observance. Mais dans tous les cas, il faut savoir qu’à Kaolack, il y a de bonnes choses qui se font, surtout avec la région médicale. En dehors des stratégies qu’on déploie, on a un comité régional de prise en charge pédiatrique qui, chaque 3 ou 6 mois se réunissent pour essayer de trouver les problèmes et apporter des solutions».
La stigmatisation, la rupture de médicaments, l’absence de tuteurs pour les enfants séropositifs, ces facteurs bloquant de la lutte
Pour le pédiatre, la stigmatisation est aussi un des plus grands obstacles pour une meilleure prise en charge des Pvvih, surtout chez les enfants. A l’en croire, il n’y a pas de souci majeur face aux «enfants infectés qui connaissent leur statut». Certains de ces jeunes patients, dit-il, les aident même parfois, «en parlant aux enfants pour faciliter l’annonce. Ce qui pose problème, c’est l’annonce. Cela consiste à amener l’enfant à comprendre sa maladie et à l’accepter», a-t-il signalé, en précisant que cela devait commencer, à partir de 7 ans et se terminer, normalement, à partir de 13 ou 14 ans au maximum.
«L’enfant doit comprendre sa maladie et l’accepter. Parce que parfois aussi les parents bloquent tout. Du fait qu’ils ont peur que l’enfant divulgue son statut aux autres. Donc, en général, c’est ça qui fait qu’on a des soucis. Mais, de manière générale, la prévalence chez les enfants n’est pas élevée. Bien vrai que le taux de dépistage est trop faible».
Sur ces 256 enfants vivants avec le Vih Sida dans la région de Kaolack, il a relevé l’effectif qu’il prend en charge. «J’ai environ 57 enfants à prendre en charge. Mais, parmi ces enfants, le tiers (1 sur 3) sont des adolescents. Ils ont aux environs de 16 – 17 ans. Concernant cette dernière cible, le Dr Moustapha Cissé a indiqué que leur souci majeur c’est le transfert.
«Imaginez un adolescent de 17 ans, on le transfère, il refuse de partir. Un enfant qu’on suit depuis 7ans peut se familiariser avec le service. Parfois, ils reviennent au service parce qu’ils ont l’habitude d’être pris en charge là-bas».
Pour le troisième lot, le souci, c’est les tuteurs, a indiqué le pédiatre. «Parfois les enfants ont des problèmes de tuteurs. Ce qui fait qu’ils ne respectent pas les rendez-vous. La stratégie qu’on avait trouvée c’est de leur «acheter un téléphone portable ou une montre pour que l’enfant puisse se rappeler qu’il doit prendre ses médicaments. En gros c’est comme ça qu’on travaille».
S Vox Populi