Le 02 avril 2025, le Conseil des Ministres du gouvernement sénégalais a pris une décision qui s’inscrit dans l’histoire du pays. Le Chef de l’État, Bassirou Diomaye Diakher Faye et le Premier Ministre Ousmane Sonko dans un acte symbolique et salutaire, ont annoncé le changement du nom du Boulevard Général De Gaulle à Dakar en celui du Président Mamadou Dia. Cette décision, qui résonne profondément dans les cœurs des Sénégalais, ne se limite pas simplement à un changement de dénomination géographique, mais porte en elle le poids de l’histoire et de la reconnaissance des luttes contre l’impérialisme et la souveraineté nationale. Un tournant politique et mémoriel majeur.
Mamadou Dia, une figure incontournable du Sénégal postcolonial, demeure un symbole de la résistance contre le colonialisme français et un artisan essentiel de l’indépendance du pays. Ancien Président du Conseil du gouvernement sénégalais, Mamadou Dia a été un acteur fondamental de la négociation des accords de la Fédération du Mali, qui ont permis au Sénégal d’obtenir son indépendance le 4 avril 1960. En collaboration avec Modibo Keita, il a cosigné les accords de transfert de compétences du 4 avril 1960 avec le général Charles De Gaulle, Président de la République française à l’époque.
Plus qu’un simple négociateur, Mamadou Dia fut également un homme politique de premier plan, reconnu pour son engagement envers la modernisation du Sénégal, notamment dans les domaines de l’agriculture, de l’éducation et de l’infrastructure. Son nom est donc indissociable de l’histoire du Sénégal indépendant et de la construction de la nation sénégalaise.
L’histoire coloniale du Sénégal, comme celle de nombreuses anciennes colonies africaines, est marquée par des siècles d’exploitation et d’oppression. Le Sénégal, sous le joug de la France, a été un terrain de résistance face aux politiques coloniales. Le Général Charles De Gaulle, personnage emblématique de l’histoire de la France, a joué un rôle central durant cette période.
En 1944, après avoir été désigné chef du gouvernement provisoire de la République française, De Gaulle mit en place une série de réformes pour maintenir l’Empire colonial. Mais c’est surtout après la Seconde Guerre mondiale que son influence se fit sentir à travers l’extension du contrôle français sur ses colonies, notamment en Afrique. C’est en tant que Président de la République française qu’il a négocié les accords de la Communauté française et a supervisé les discussions concernant l’indépendance des anciennes colonies. Cependant, son attitude envers l’Afrique et la manière dont il a imposé les intérêts français ont laissé une empreinte douloureuse dans l’histoire des peuples africains, y compris celle du Sénégal.
Le parti Pastef, sous la direction de son leader Ousmane Sonko, a toujours affiché un programme résolument tourné vers la valorisation des héros nationaux et l’émancipation des peuples africains face à l’héritage colonial. Parmi ses promesses, figurait la volonté de renommer les rues du Sénégal qui portaient les noms des colonisateurs pour y mettre ceux des héros africains, ceux qui ont combattu pour la liberté, la dignité et la justice.
Ce changement de nom des rues n’est pas qu’un simple acte symbolique mais, il marque une rupture avec un passé colonial qui persiste à travers la toponymie des villes sénégalaises. Donner le nom de Mamadou Dia à un axe aussi emblématique que le Boulevard Général De Gaulle, c’est honorer un homme qui a contribué de manière décisive à l’émancipation du pays. C’est aussi envoyer un message fort, celui de la reconquête de l’identité nationale et de la restitution de la mémoire aux figures historiques qui ont façonné le Sénégal.
La décision du gouvernement, prise en Conseil des ministres ce mercredi 02 avril 2025, est donc à la fois un acte historique et salutaire. Elle traduit un profond respect pour la mémoire de ceux qui ont sacrifié leur vie et leur énergie pour la liberté du pays. En offrant à Mamadou Dia une place de choix dans le cœur de la capitale, le gouvernement honore non seulement sa mémoire mais aussi celle de toute une génération de Sénégalais qui ont lutté pour la souveraineté nationale.
Ce geste n’est pas qu’un hommage ; il est aussi un message de réconciliation avec l’histoire, une volonté de tourner la page du colonialisme et de reconstruire une identité collective autour des valeurs et des héros qui ont marqué la naissance de la nation sénégalaise. Le renaming de cette artère importante dans la capitale, qui était précédemment une rue portant le nom d’un colonisateur, est une démarche en cohérence avec le projet de Pastef de redonner à la mémoire collective les repères qui ont été effacés par le passé.
Le changement du nom du Boulevard Général De Gaulle en Boulevard Mamadou Dia est bien plus qu’un simple ajustement de la toponymie. Il représente la prise de pouvoir symbolique d’une nation qui, à travers ce geste, se réapproprie son histoire, son héritage et son destin. Ce changement fait écho à une promesse électorale tenue par Pastef, incarnant l’ambition d’un Sénégal résolument tourné vers son passé de luttes et d’indépendance. Cette année, la fête de l’Indépendance prend ainsi une dimension toute particulière, marquée par un acte fort, un hommage durable à celui qui a fait le Sénégal moderne.
Par Mouhamad El Bachir Sy