Manif’ des populations de Mboro et de Darou Khoudouss : L’odeur du soufre

Les supposées émanations de gaz, échappées des Industries chimiques du Sénégal (Ics), qui se sont produites vers la fin de la première quinzaine du mois de septembre dernier, avaient envahi les communes de Mboro et de Darou Khoudouss. Les dégâts collatéraux sont énormes sur la végétation, les cultures des paysans et la santé publique. Les populations des deux communes affectées sont sorties dans la rue ce mercredi, pour exprimer leur angoisse, leur amertume et exiger à l’entreprise minière de respecter ses engagements d’indemniser les impactés, suite à ces fuites de gaz.

De vives tensions ont fini de créer une situation incontrôlable, avec des cultivateurs manifestants venus de Ndomor, Darou Khoudouss, Mboro et environs, qui ont barré la route, pris le contrôle de l’entrée des Ics, mis le feu dans la célèbre Cité Taïba et le poste de garde. Ils ont dû affronter un important dispositif de Forces de défense et de sécurité dépêché sur place. Très vite, elles seront débordées. Les contestataires déplorent de «nombreux cas de toux, de diarrhée, des maux de ventre, des aggravations de maladies comme l’asthme et la sinusite, enregistrés auprès des populations». Dans la soirée, les gendarmes ont procédé à d’autres arrestations à Mboro et Darou Khoudouss. Ils ont été placés en garde à vue à la gendarmerie de Mboro, qui a dû bénéficier du renfort de Tivaouane et de Thiès. Ce qui montre le niveau de la tension.

Beaucoup de dégâts, plusieurs arrestations

Première région minière du Sénégal, Thiès abrite l’une des plus anciennes industries du pays, les Ics. A une vingtaine de kilomètres alentour, les populations sont sévèrement touchées. Délocalisation, déversement de soufre sur la voie publique, rejet d’acide en mer et fuites de gaz sont le lot des habitants de la zone. «Les paysans n’ont que leurs yeux pour pleurer le désastre provoqué dans les champs», assure un cultivateur, originaire de Darou Khoudouss, qui a participé à la marche d’hier. Une situation longtemps dénoncée par les responsables de la plateforme citoyenne Mboro Sos. Selon ses responsables, «ces échappées de gaz ont méchamment agressé l’environnement im­médiat et lointain de la concession minière, entamant sérieusement la santé d’une bonne partie de cette population». «Plusieurs champs ont-ils vu leurs plantations détruites par les effets nocifs de ce produit et leurs pauvres propriétaires, qui tirent un bilan déficitaire presque à chaque saison, ne savent où donner de la tête», ajoute la plateforme.

Conséquences environnementales, sanitaires et économiques

Par conséquent, elle rappelle à la Direction des Ics, «l’obligation qui pèse sur elle de respecter scrupuleusement les mesures environnementales en cas de dégagement ou de fuite de gaz». Face à cette «situation désastreuse», les populations interpellent les ministères de l’Environnement et de la Santé sur la «situation». Elles de­mandent «une enquête indépendante sur la qualité de l’air, de l’eau, les impacts sur la flore, la faune et les personnes». En attendant, les habitants de Mboro et Darou Khoudouss exigent «un dédommagement des paysans à la hauteur de l’ampleur du préjudice subi et la prise en charge de tout cas sinusoïdal et d’asthme». Entre les Ics et ses voisins, c’est une cohabitation explosive. Nos tentatives de joindre les responsables des Ics sont restées sans suite.

LeQuotidien

Fatima Seck

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