Procès en appel de l’affaire Boffa-Bayotte : Les proches des accusés déplorent la position du parquet

S Vox populi-Le procès en appel de l’Affaire de la «Tuerie» de Boffa-Bayotte est prévu pour le 24 juillet à la Cour d’appel de Ziguinchor. René Capin Bassène et Omar Ampoï Bodian, condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité en première instance, avaient interjeté appel. Lors du procès en première instance, plusieurs chefs d’inculpation avaient été retenus contre les accusés, allant de l’association de malfaiteurs à la détention d’armes à feu sans autorisation.

Sur les 22 personnes arrêtées, 16 avaient été placées sous mandat de dépôt. Les juges avaient acquitté certains des accusés et condamné deux autres à des peines avec sursis pour détention illégale d’armes. Une annonce qui a suscité la réaction des proches des accusés qui déplorent l’attitude du procureur de Ziguinchor.

Lors d’un point de presse tenu à Ziguinchor, Madia Diop Sané, le président du mouvement Vision citoyen, a évoqué la tenue prochaine du procès en appel. «Tout le monde est au courant que le 24 juillet 2024, René Capin Bassène, Omar Ampoï Bodian, Aliou Ba­dara Sané, Abdoulaye Diédhiou, César Atoute Badiate doivent à nouveau comparaître suite à l’appel introduit par les avocats de La Défense. Le parquet de Ziguinchor, malheureusement pour cette fois-ci, un cas d’école, a lui aussi interjeté appel pour Aliou Badara Sané et Abdoulaye Diédhiou qui ont été condamnés à 6 mois avec sursis pour un délit de port d’armes sans autorisation», a-t-il déploré.

L’acte posé par le maître de la poursuite n’a pas été de leur goût. «Pourquoi le procureur veut interjeter un appel pour cette affaire, d’autant plus on nous parle de chambre criminelle ? Quels sont les crimes qu’ils ont commis ?

Il y a un autre cas qui frise le ridicule, c’est la comparution de César Attoute Badiate qui a été jugé en première instance par contumace. Celui qui bénéficie de deux mandats d’arrêts internationaux, est convoqué à nouveau à la barre. Lors du premier jugement le procureur avait dit que le sieur Badiane était invisible et que l’Etat du Sénégal était en train de négocier. C’était comme si ces deux codétenus qui ont écopé la réclusion à perpétuité étaient les agneaux du sacrifice», a indiqué Madia Diop Sané, le président du mouvement Vision citoyen.

A ses yeux, tout n’est pas clair dans leurs têtes.

«Peut-être qu’il y a des ententes avec les deux parties ? On a l’impression que dans cette affaire, René Capin Bodian et son compagnon étaient les moyens de pression pour faire négocier César Atoute Badiate. Pour eux, tous les moyens sont bons. Et comme ils aiment à le dire, c’est la fin qui justifie les moyens. Non ! Il faut avoir le sens de l’honneur. L’action d’un État doit être imbue de moral. Malheureusement, pour nous, les dirigeants de l’ancien régime étaient inélégants dans cette affaire», a-t-il déclaré avant de tirer sur le régime sortant.

«C’est pourquoi nous demandons à Dame Justice de faire mieux que la dernière fois. Elle doit faire, cette fois-ci, son travail de manière indépendante. Quand un nouvel régime parle de réforme de la justice, cela veut dire qu’il y a de sérieux problèmes dans ce secteur. Les populations ont longtemps décrié la posture de la justice», a indiqué Madia Diop Sané.

A l’en croire, il est temps que la justice se réconcilie avec son peuple. «Depuis des années, nous avons une justice boiteuse. La justice doit faire son travail. Et la décision de justice doit se baser sur des preuves tangibles. Ce qui n’a pas été le cas dans cette affaire», argue-t-il.

«Je dis bien aucune preuve n’a été présentée lors du procès en première instance. Le parquet est arrivé avec des mains vides. Des innocents ont été mis en prisons. Maintenant, le parquet ose revenir pour faire appel sur un délit qui concerne des mis en cause qui ont recouvré leur liberté. Je dis que c’est un cas d’école. C’est pourquoi, je demande aux étudiants de la Faculté des Sciences juridiques et politiques de l’Université Assane Seck de venir massivement le jour du 24 juillet pour assister à ce procès qui est une farce de mauvais goût pour la justice de notre pays», a conclu ce dernier.

Pour rappel, en janvier 2018, des individus partis chercher du bois dans la forêt de Boffa Bayotte, au sud de Ziguinchor et proche de la frontière avec la Guinée-Bissau, ont été attaqués par des assaillants armés, présumés membres du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC). L’incident a fait quatorze morts, sept blessés, et trois survivants. Le chef de guerre du MFDC, César Atoute Badiate, a été condamné par contumace. René Capain Bassène et Oumar Ampoï Bodian, également membres présumés du MFDC, avaient été condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité.

Oumou Khaïry NDIAYE
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