Cette loi sur le terrorisme est plus que grave et dangereuse, elle vise à maintenir les Sénégalais sous les fourches caudines de dirigeants qui ne cherchent qu’à perpétuer leur règne, alors que celui-ci, au vu de notre constitution doit prendre fin en 2024.
La loi oblige les Sénégalais à une soumission totale, déshonorante, inacceptable et inconcevable dans une république ; elle réduit les populations à leur simple expression biologique qui ne peuvent et ne doivent se contenter et se suffire que leurs besoins primaires comme indiqués par Maslow (manger, boire, aller aux toilettes et dormir), tout autre droit leur étant refusé ou soumis à autorisation du Prince.
Pour pouvoir atteindre les responsables des différents partis de l’opposition, mouvements citoyens et autres organisations, la loi a fait remonter la chaine des responsabilités jusqu’à leurs stations faitières et, qui plus est, avec la possibilité et la facilité de dissoudre la structure d’appartenance et la confiscation du patrimoine.
Une loi scélérate qui offre à l’Etat les moyens d’anéantir toute structure et d’empêcher toute forme de contestation et d’expression d’un avis contraire ; c’est le règne de la pensée unique. La nouvelle loi est d’autant plus pernicieuse qu’elle est manifestement attentatoire à la vie privée, en ce sens qu’elle permet au juge, sur la base d’une simple présomption, de s’introduire et de fouiner dans votre intimité. Il peut même en profiter, s’il est adepte du voyeurisme, de filmer et de se délecter de vos ébats.
C’est dans ce contexte particulier et à l’occasion du vote de cette loi que l’ancien ministre des affaires étrangères, comme à son habitude, a évoqué sur un ton grave la menace qui pèserait sur la ville sainte de Touba avec le mausolée de Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké Khadimou Rassoul qui serait visé lors d’une prochaine attaque terroriste.
Le ministre, dont c’est le fonds de commerce, voilà dix ans qu’il en parle, a été conforté auparavant par un ancien officier subalterne de l’armée sénégalaise qui n’a eu de cesse de seriner que le Sénégal est massivement infiltré par les terroristes qui n’attendent que le signal de leur hiérarchie pour désagréger notre pays présentement truffé d’explosifs. L’imminence d’une attaque terrorisme est toujours renvoyée aux calendes grecques.
Tous ces discours prononcés par ces personnes, ex professo, semble-t-il, relèvent d’élucubrations d’histrions de la scène politique en perdition et à la recherche de célébrité. Récemment, notre armée nationale, à l’endroit de laquelle certains (ils se reconnaitront) ne manifestent que peu d’égard, de respect, de considération et de confiance, a apporté un démenti officiel pour nier la présence de forces occultes ou étrangères sur notre sol.
Les tenants de tels propos décrédibilisent nos vaillantes forces de défenses de sécurité qui font un excellent travail sur le terrain dans la plus grande discrétion et dans le plus secret comme l’exige la nature du combat. Il faut saluer l’efficacité de la communauté du renseignement qui abat un travail titanesque de surveillance, d’anticipation et d’activités proactives de mise hors circuit.
Tenir des propos malveillants à l’encontre de nos vaillantes forces de défense et de sécurité équivaudrait à considérer comme des flemmards, des pantouflards qui ne sont d’aucune efficacité, d’aucune perspicacité et d’aucune utilité C’est faire montre d’un manque total de patriotisme que de s’adresser à nos militaires, gendarmes et policiers en des termes insultants et humiliants ; c’est comme si l’on voulait apeurer les populations et les préparer à cautionner la présence de forces étrangères, notamment françaises. Un tel comportement relève de la trahison. Notre armée est une armée de dignité et d’honneur qui aura toujours le soutien indéfectible du peuple dont elle est issue. Tous les patriotes s’approprieront sa devise «On nous tue, on ne déshonore pas»
L’ancien ministre des affaires étrangères ainsi que tous les autres alarmistes doivent savoir que la ville sainte de Touba est protégée par les prières de Cheikh Ahmadou Bamba et que son ciel est sous la couverture d’un dôme de protection spirituelle qui garantit son invulnérabilité et la met à l’abri et hors de portée de toute agression de la part de forces extérieures malveillantes.
Même en retenant l’hypothèse d’ une infiltration, ces oiseaux de mauvais augures qui en réalité n’expriment que le fond de leur subconscient, doivent savoir que la force spirituelle du mouridisme, comme de toutes autres confréries religieuses du Sénégal, est capable de transformer littéralement toute personne infiltrée avec de mauvaises intentions en fervents talibés soumis et pénétrés des véritables axiomes de la foi islamique. «DINE AMOUL MOROM». Les mausolées de nos érudits sont inviolables, parce que tout simplement abritant des hommes qui se sont consacrés tout entier, purement, sincèrement et totalement aux enseignements du Coran et à la vénération du Prophète (PSL).
C’est vraiment peine perdue que de vouloir instaurer un climat de peur dans notre pays et spécifiquement au sein des familles religieuses. La menace terroriste ne peut être niée ; elle existe dans tous les pays.
Seulement, au Sénégal, contrairement au discours officiel savamment entretenu pour des objectifs bien connus, la menace terroriste est de très faible intensité et faible prégnance dans les esprits ; elle n’a pas de prise réelle sur le comportement quotidien des Sénégalais dont les préoccupations sécuritaires portent sur les actes de délinquance quotidiens qui polluent leur vie.
Plus que le terrorisme qui, pour la plupart relève d’une lointaine réalité, les populations voudraient que les autorités consacrent davantage de moyens de tous ordres à la lutte contre l’insécurité qui ne cesse de proliférer, de progresser et de s’étendre sur l’ensemble du territoire national. S’il y a un terrorisme dont les Sénégalais ont réellement peur et s’en inquiètent, c’est celui de l’Etat avec ses lois liberticides et l’utilisation de nervis qui terrorisent d’innocentes populations sous les yeux de nos forces de sécurité sans réaction. Le moment viendra ou les populations, convaincues de leurs pouvoirs et de leurs forces, transcenderont la peur.
«Rien n’est terrible, sauf la peur elle-même». (Francis Bacon)
Boubacar Sadio, Commissaire divisionnaire de police de classe Exceptionnelle à la retraite.